Droits & démarches

Emploi et RQTH : comprendre la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé

RQTH : définition, bénéficiaires (dont maladies chroniques), avantages salarié, démarche MDPH, confidentialité vis-à-vis de l'employeur et obligations OETH.

Vous avez une maladie chronique, une douleur qui s'installe, une fatigue qui ne vous quitte plus, et vous vous demandez si votre situation relève d'un statut de travailleur handicapé sans oser en parler au travail ? La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est un statut administratif qui ouvre des droits pour aménager votre poste, protéger votre emploi et bénéficier d'un accompagnement, sans devoir renoncer à votre parcours professionnel.

Cet article fait le point sur ce qu'est la RQTH, qui peut en bénéficier, les démarches, la question de la confidentialité vis-à-vis de l'employeur, et les obligations qui pèsent en parallèle sur les entreprises (OETH).

Qu'est-ce que la RQTH et à qui s'adresse-t-elle ?

La RQTH est une reconnaissance officielle délivrée par la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH), au sein de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Elle vise avant tout à reconnaître une situation handicapante plutôt qu'un handicap figé.

Selon l'article L.5213-1 du Code du travail, est considéré comme travailleur handicapé toute personne dont « les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ».

La notion ne se limite donc pas au seul handicap moteur visible. Sont pris en compte :

  • les handicaps moteurs,
  • les handicaps auditifs et visuels,
  • les handicaps psychiques et intellectuels,
  • les maladies invalidantes et chroniques.

Handicap invisible et maladies chroniques : la RQTH concerne plus de salariés qu'on ne le croit

Une partie importante des situations éligibles à la RQTH relève du handicap invisible : fatigue chronique (reconnue comme l'une des premières causes de handicap invisible), douleurs récurrentes, troubles de la mémoire ou du sommeil, phobies, troubles anxieux, suites de traitements lourds.

Les maladies chroniques telles que définies par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) regroupent des pathologies transmissibles (VIH, hépatite C), non transmissibles (diabète, cancer), rares (mucoviscidose, myopathies), des troubles psychiques (dépression, schizophrénie) et des atteintes anatomiques ou fonctionnelles (sclérose en plaques). Toutes peuvent, selon leur retentissement, ouvrir l'accès au statut de travailleur handicapé.

Dans notre expérience de terrain, beaucoup de salariés concernés ne se reconnaissent pas dans le mot « handicap ». Ils tiennent, compensent, masquent, jusqu'à l'épuisement. C'est exactement ce que décrit Emmanuelle Cadic, médecin du travail :

« Ces salariés sont souvent mal à l'aise avec le mot “handicapé”. Pour les inciter à se confier, je préfère leur demander si leurs problèmes de santé réduisent leurs capacités fonctionnelles et les handicapent. La différence est subtile, mais fondamentale. »

On croise régulièrement des situations où la personne est déjà en épuisement professionnel silencieux parce qu'elle tente de compenser seule, sans oser demander un aménagement. La RQTH est justement l'outil qui permet de sortir de ce déni protecteur, et de mettre des mots (et des droits) sur une réalité vécue.

Quels avantages concrets la RQTH apporte-t-elle au salarié ?

La RQTH ne signifie pas une inaptitude au travail. Elle signifie que l'état de santé nécessite certains aménagements pour préserver la personne dans son emploi. Voici les principaux droits qu'elle ouvre, regroupés par finalité.

Aménagement du poste et des conditions de travail

  • Aménagement du poste, du temps et des conditions de travail.
  • Acquisition d'équipements techniques adaptés.
  • Prise en charge de surcoûts permanents induits par le handicap.
  • Frais de déplacement liés au handicap.

Droits liés à la carrière et à la formation

  • Priorité dans les mutations.
  • Bilans de compétences.
  • Projets de formation ou de création d'entreprise.
  • Reconversions professionnelles.
  • Financements d'actions spécifiques par l'AGEFIPH.

Protection lors d'un licenciement et fin de carrière

  • Conditions particulières encadrant un licenciement.
  • Accession à un départ anticipé à la retraite dans certaines conditions.

En pratique, ce statut évite au salarié de s'épuiser à compenser seul ses difficultés, ou de voir celles-ci mal comprises par son entourage professionnel. Il permet de trouver des solutions concrètes qui conviennent aux deux parties, et donc de préserver l'emploi.

Comment obtenir la RQTH : les étapes de la démarche

La demande de RQTH se fait via un dossier unique déposé à la MDPH du département de résidence. Le formulaire utilisé est le formulaire de demande auprès de la MDPH (Cerfa dédié aux personnes en situation de handicap), qui permet de solliciter en même temps plusieurs droits si besoin.

Les grandes étapes sont les suivantes :

  1. Retirer ou télécharger le dossier MDPH (auprès de la MDPH, en mairie ou en ligne selon le département).
  2. Remplir le volet identité et projet de vie, en décrivant sa situation professionnelle et les difficultés rencontrées.
  3. Joindre le certificat médical rempli par le médecin traitant ou un médecin spécialiste, qui documente les altérations de fonction et leur retentissement.
  4. Ajouter les pièces justificatives (pièce d'identité, justificatif de domicile, éventuels comptes-rendus médicaux).
  5. Déposer le dossier à la MDPH, qui l'instruit et le transmet à la CDAPH pour décision.
  6. Recevoir la notification de décision précisant la reconnaissance accordée et sa durée (temporaire ou pour une durée plus longue selon la situation).

La constitution du dossier est un moment clé : c'est là que se joue la bonne compréhension de la situation par la commission. Un dossier bien renseigné, appuyé par un certificat médical précis sur le retentissement fonctionnel, est déterminant. C'est notamment sur ce montage de dossier que les Care Managers accompagnent les salariés au quotidien.

La RQTH est-elle connue de l'employeur ?

C'est l'une des questions qui bloquent le plus souvent la démarche : « Est-ce que mon employeur va être mis au courant ? »

La réponse est claire : la RQTH est une information personnelle et confidentielle. Le salarié n'a aucune obligation légale de la déclarer à son employeur. Il peut choisir de le faire, ou non, et à quel moment.

Deux cas de figure se rencontrent en pratique :

  • Le salarié ne souhaite pas informer son employeur : la RQTH reste confidentielle. Il peut néanmoins bénéficier d'un suivi renforcé par le médecin du travail, qui est lui-même tenu au secret médical et ne transmet à l'employeur que des préconisations (aménagements, restrictions), sans révéler la pathologie ni le statut.
  • Le salarié souhaite mobiliser des aménagements (temps de travail, matériel, télétravail adapté, etc.) : il communique alors son statut à l'employeur ou au service RH, ce qui permet à l'entreprise d'activer les dispositifs et, le cas échéant, les financements associés.

Cette confidentialité est essentielle. Elle permet à des salariés qui craignent d'être stigmatisés, écartés d'une promotion ou catégorisés, de faire la démarche à leur rythme et de choisir ce qu'ils partagent.

Obligations de l'employeur : l'OETH et le quota de 6 %

En miroir des droits du salarié, la loi impose des obligations aux employeurs, dans le cadre de l'Obligation d'Emploi des Travailleurs Handicapés (OETH).

Tous les employeurs (privés et publics) de 20 salariés et plus ont l'obligation d'employer des travailleurs handicapés dans une proportion de 6 % de leurs effectifs. Lorsqu'ils ne répondent pas à cette obligation, ils versent une contribution à l'AGEFIPH (secteur privé) ou au FIPHFP (fonction publique).

L'employeur doit permettre à toute personne d'accéder à un emploi en fonction de ses compétences et de sa capacité de travail. Il doit :

  • respecter le principe de non-discrimination,
  • offrir aux salariés concernés les mêmes possibilités de progression et de formation,
  • garantir l'accessibilité de l'emploi et de l'environnement de travail, selon la nature du handicap (moteur, sensoriel, psychique).

Les règles d'accessibilité ne se limitent pas au bâti : elles s'étendent aux outils numériques, aux logiciels, aux processus de travail et aux modes d'organisation.

Au-delà de la seule dimension d'obligation légale, l'inclusion des travailleurs handicapés s'inscrit dans une logique plus large de politique de QVCT et d'accompagnement des salariés fragilisés, aux côtés d'autres publics comme les salariés aidants.

Maintien dans l'emploi : les 4 formes d'aménagement possibles

L'objectif de la RQTH est de faciliter l'insertion et surtout le maintien dans l'emploi. Concrètement, ce maintien peut prendre quatre formes, selon la situation du salarié et l'évolution de son état de santé.

  1. Maintien au même poste, avec ou sans aménagement (horaires, matériel, télétravail, temps partiel thérapeutique).
  2. Reclassement à un autre poste dans la même entreprise, avec ou sans formation, avec ou sans aménagement.
  3. Reclassement à un autre poste ou dans une autre entreprise, lorsque le maintien en interne n'est plus possible.
  4. Aide à la création d'activité, pour les personnes qui souhaitent développer une activité indépendante adaptée à leurs contraintes.

Ces solutions ne sont pas mutuellement exclusives : un parcours peut commencer par un aménagement du poste actuel, puis évoluer vers un reclassement si les contraintes se renforcent. C'est cette souplesse qui fait de la RQTH un outil de préservation de l'employabilité sur la durée, et non une étiquette figée.

Dans notre pratique, les demandes de RQTH s'inscrivent souvent dans des situations plus larges : un salarié qui accompagne un proche malade, une personne dont la pathologie chronique s'aggrave, un parent d'un enfant en situation de handicap qui se retrouve lui-même en surcharge. La RQTH est un des leviers, parmi d'autres, pour préserver l'équilibre entre santé et vie professionnelle.

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