Stratégie aidants 2023-2027 : ce que prévoit le plan gouvernemental
Stratégie aidants 2023-2027 : répit, droits rechargeables CPA/AJPA, VAE, repérage des jeunes aidants, rôle des entreprises. Décryptage des 6 engagements.
En France, être aidant d'un proche en perte d'autonomie, en situation de handicap ou porteur d'une maladie chronique reste souvent un rôle silencieux, appris sur le tas, sans mode d'emploi. La stratégie aidants 2023-2027 annoncée par le gouvernement vise à mieux reconnaître ces situations et à structurer les réponses publiques autour de six engagements : développement de l'offre de répit, renforcement des droits, reconnaissance des compétences, repérage à tous les âges, simplification de l'accès aux aides et mobilisation des employeurs.
Cet article détaille ces engagements et leurs implications concrètes pour les aidants, notamment ceux qui exercent une activité professionnelle.
Pourquoi une nouvelle stratégie pour les aidants en 2023 ?
La France compte environ 11 millions d'aidants, un chiffre qui pourrait atteindre 15 millions si l'on inclut les personnes qui ne se reconnaissent pas spontanément dans ce rôle. Parmi eux, 55 % sont en activité professionnelle, et 13 % des 16-25 ans déclarent aider un proche fragilisé. L'âge moyen d'entrée dans l'aidance recule vers 35 ans.
En 2019, le gouvernement avait lancé une première stratégie « Agir pour les aidants », qui plaçait pour la première fois cette population au cœur des politiques publiques. Quatre ans plus tard, le rôle des aidants est mieux reconnu et leurs droits ont évolué, mais des freins subsistent : parcours administratif complexe, offre de répit insuffisante, invisibilité de certains profils comme les jeunes aidants.
La nouvelle stratégie couvre la période 2023-2027 et ambitionne d'améliorer durablement la situation des aidants au travers de plusieurs axes structurants.
Les 6 engagements de la stratégie 2023-2027 en synthèse
Voici les grandes lignes des engagements portés par le plan gouvernemental :
- Développer l'offre de répit : création de nouvelles solutions d'accueil temporaire et exploration du relayage à domicile.
- Renforcer les droits des aidants : assurance vieillesse des aidants (AVA), droits rechargeables pour le congé de proche aidant et l'AJPA.
- Reconnaître les compétences : ouverture de la validation des acquis de l'expérience (VAE) aux aidants.
- Repérer les aidants à tous les âges : rendez-vous de prévention, journées défense et citoyenneté, lieux de travail.
- Simplifier l'accès aux aides financières existantes via les relais publics et privés.
- Mobiliser les employeurs dans une logique de politique QVCT et d'accompagnement des salariés aidants.
Chacun de ces engagements se traduit par des mesures concrètes détaillées ci-dessous.
Développer l'offre de répit : vers 6 000 nouvelles solutions
Le premier engagement concerne la création de 6 000 solutions nouvelles de répit d'ici 2027, dont 5 000 places supplémentaires d'accueil temporaire et d'accueil de jour. L'objectif est de répondre aux besoins des parents de personnes en situation de handicap, en particulier pour les enfants durant les week-ends et les vacances, périodes où la charge s'intensifie.
Une autre piste étudiée est le relayage à domicile, qui consiste à faire intervenir un professionnel au domicile de la personne aidée pour permettre à l'aidant de souffler sans avoir à organiser un départ. Ce dispositif ferait l'objet d'une structuration territoriale pour devenir une solution pérenne.
Sur le terrain, la question du répit reste l'une des premières demandes exprimées par les aidants accompagnés, notamment ceux qui gèrent en parallèle une activité professionnelle et une vie familiale.
Renforcer les droits des aidants : CPA, AJPA et assurance vieillesse
Plusieurs mesures visent à sécuriser le parcours des aidants qui doivent réduire ou interrompre leur activité :
- Assurance vieillesse des aidants (AVA) : elle permet la validation de trimestres de retraite pour les proches qui doivent cesser de travailler pour s'occuper d'une personne en perte d'autonomie ou en situation de handicap.
- Congé de proche aidant (CPA) : ce congé permet à un salarié de suspendre ou de réduire son activité pour accompagner un proche. La stratégie prévoit d'en faciliter le recours.
- Allocation journalière du proche aidant (AJPA) : versée par la CAF pendant le CPA, elle indemnise les jours d'absence liés à l'accompagnement.
La nouveauté principale porte sur la création de droits rechargeables : un même aidant peut désormais mobiliser le CPA et l'AJPA à plusieurs reprises au cours de sa vie, par exemple pour son enfant puis, plus tard, pour son parent. C'est une avancée majeure pour les personnes de la génération sandwich, amenées à cumuler plusieurs situations d'aidance successives.
Pour le détail des montants et des conditions d'éligibilité, voir notre article sur l'allocation journalière proche aidant 2025.
La VAE ouverte aux aidants : reconnaître les compétences acquises
La validation des acquis de l'expérience (VAE) est un dispositif qui permet d'obtenir une certification professionnelle à partir de compétences acquises hors formation formelle. Son ouverture aux aidants vise à reconnaître les savoir-faire développés dans l'accompagnement d'un proche : soins, coordination avec des professionnels de santé, gestion administrative, soutien psychologique.
L'objectif est double : faciliter une évolution professionnelle pour les aidants en activité et sécuriser un retour à l'emploi pour ceux qui ont mis leur carrière en pause.
Repérer les aidants à tous les âges de la vie
Un aidant sur deux ne se reconnaît pas comme tel. Le plan mise donc sur un repérage actif à différentes étapes de la vie, par les acteurs déjà en contact avec la personne.
Aux âges clés : les rendez-vous de prévention
Les bilans de santé menés à des âges clés, en particulier pour les tranches 60-65 et 70-75 ans, intégreraient un questionnement sur le statut d'aidant. Les professionnels de santé pourraient ainsi orienter les personnes concernées vers les dispositifs adaptés.
Les jeunes aidants : un public à visibiliser
Les moments générationnels comme les journées défense et citoyenneté ou le service national universel (SNU) pourraient servir à repérer les jeunes aidants et à leur présenter leurs droits. Pour les mineurs qui accompagnent un parent malade ou en fin de vie, l'enjeu est de préserver leur scolarité et leur trajectoire personnelle.
Une revalorisation des bourses a par ailleurs été mise en œuvre à la rentrée pour les jeunes aidants en études supérieures qui accompagnent un proche en situation de handicap.
Les aidants actifs : le lieu de travail comme point de repérage
Pour les aidants en activité, le lieu de travail devient un canal de repérage important. La stratégie encourage les entreprises qui mettent en place une politique interne d'accompagnement de leurs salariés aidants.
Simplifier l'accès aux aides financières existantes
Le parcours administratif des aidants est souvent décrit comme un parcours du combattant : multiplicité des interlocuteurs, complexité des dossiers, méconnaissance des droits ouverts. La stratégie prévoit de clarifier l'accès aux aides via différents relais :
- Les organismes publics : CPAM, conseils départementaux, CAF, collectivités locales.
- Les points d'information dédiés aux aidants et aux personnes en perte d'autonomie.
- Les acteurs privés (mutuelles, entreprises, associations) qui peuvent orienter leurs bénéficiaires ou salariés.
L'enjeu n'est pas de créer de nouvelles aides, mais de rendre plus visibles et plus accessibles celles qui existent déjà.
Le rôle des entreprises dans l'accompagnement des salariés aidants
La stratégie 2023-2027 reconnaît explicitement le rôle des employeurs dans le repérage et le soutien des aidants. Une part importante des aidants étant en activité, l'entreprise devient un lieu de premier recours pour identifier les situations et proposer des solutions.
Sur le terrain, les entreprises qui structurent une politique aidants combinent généralement plusieurs leviers :
- La formation des managers pour qu'ils sachent identifier les signaux d'alerte et engager le dialogue sans stigmatiser.
- La sensibilisation des équipes pour libérer la parole autour de l'aidance.
- La mise à disposition de dispositifs de flexibilité (aménagement du temps de travail, télétravail, don de jours).
- Le recours à un accompagnement expert pour les salariés concernés : information sur les droits, orientation vers les bons interlocuteurs, soutien psychologique.
Ces démarches s'inscrivent dans une logique plus large de QVCT et de politique salariés aidants, avec des impacts mesurables sur l'absentéisme, le présentéisme et l'engagement. L'accompagnement au cas par cas prend souvent la forme d'un suivi individualisé, comme dans le retour à domicile après hospitalisation d'un parent âgé ou l'accompagnement d'un proche atteint de sclérose en plaques.
État d'avancement : ce qui est effectif, ce qui reste à déployer
À ce stade de déploiement de la stratégie, plusieurs mesures sont déjà entrées en vigueur : la revalorisation des bourses pour les jeunes aidants étudiants, les droits rechargeables du CPA et de l'AJPA, l'assurance vieillesse des aidants. D'autres relèvent d'une structuration progressive : la création des 6 000 solutions de répit s'étale jusqu'en 2027, le relayage à domicile reste à l'étude, et le déploiement du repérage via les rendez-vous de prévention dépend de l'appropriation par les professionnels de santé.
Le bilan complet de la stratégie sera à faire au terme de la période, en 2027. D'ici là, la responsabilité est partagée entre l'État, les collectivités, les associations et les employeurs. C'est cette articulation qui déterminera l'impact réel du plan sur la vie quotidienne des aidants.