Salariés aidants

Tendances RH 2024 : les priorités qui redessinent la fonction

Tendances RH 2024 : santé mentale, salariés aidants, travail hybride, expérience collaborateur inclusive. Analyse des priorités et leviers d'action pour les DRH.

La relation au travail des salariés français a été profondément bouleversée ces dernières années. Les tendances RH 2024 confirment quatre priorités structurantes pour les DRH : la santé mentale et le bien-être, le soutien aux salariés aidants, la flexibilité et le travail hybride, et l'expérience collaborateur inclusive. À cela s'ajoute un chantier transverse, celui de la transformation digitale et de l'intégration de l'IA dans les process RH.

Pourquoi 2024 marque un tournant pour les RH

Les recettes d'hier ne fonctionnent plus. La crise Covid, la succession de chocs économiques et le raccourcissement des cycles ont modifié en profondeur les attentes des salariés vis-à-vis de leur employeur. Les DRH se retrouvent au centre du jeu pour concilier impératifs stratégiques et besoins humains.

La santé et le bien-être au travail ne sont plus des sujets périphériques : ils conditionnent désormais la gouvernance des organisations, l'attractivité employeur et la capacité à retenir les compétences clés.

Tendance 1 : la santé mentale et le bien-être, une priorité stratégique

La santé des collaborateurs s'est dégradée ces dernières années. Selon le 12e baromètre du cabinet Empreinte Humaine, 44 % des salariés sont en situation de détresse psychologique, et plus de 8 salariés sur 10 expriment des attentes fortes en matière de santé mentale au travail. Pour eux, une entreprise qui veille au bien-être de ses équipes est aussi une entreprise plus performante.

Ce basculement oblige les DRH à repenser leur stratégie globale autour de trois axes : préservation de la santé physique et mentale, management bienveillant, aménagement du temps et des horaires. Les initiatives se multiplient (ateliers de gestion du stress, programmes de sensibilisation, directives de déconnexion, coaching), mais leur efficacité dépend d'un pilotage réel, pas d'un empilement d'actions vitrines.

Les signaux d'alerte à surveiller

Une politique de bien-être crédible s'ancre dans une logique de pilotage. Les DRH doivent surveiller de près :

  • l'absentéisme, y compris l'absentéisme court et répété
  • le turnover, notamment sur les populations à forte valeur ajoutée
  • le présentéisme, plus difficile à mesurer mais très coûteux
  • les accidents du travail et les arrêts liés à des troubles psychosociaux

Ces indicateurs sont particulièrement révélateurs pour certaines populations à risque, comme le montre l'analyse du coût de l'absentéisme des aidants en entreprise.

Tendance 2 : l'inclusion et le soutien aux salariés aidants

Caroline Diard, professeure associée au département droit des affaires et RH de TBS Business School, souligne l'importance croissante de l'inclusion, au sens large, dans l'expérience collaborateur : « La crise Covid a révélé des problématiques préexistantes : notamment celles des proches aidants (handicap, maladie, senior) et de la parentalité qui étaient peu traitées en entreprise ».

53 % des salariés aidants sont des femmes et assument une double peine, consacrant en moyenne 10 heures par semaine au soutien d'un proche fragilisé par la maladie, le grand âge ou une situation de handicap. Quand le nombre de familles monoparentales atteint 25 % (source Insee), la charge physique et mentale qui pèse sur ces salariés devient un enjeu de santé au travail à part entière.

« Les employeurs doivent prendre conscience de cette porosité entre la vie personnelle et professionnelle afin de garantir la santé physique et mentale de leurs salariés, et par extension, d'optimiser la performance globale de l'entreprise », précise Caroline Diard.

Les leviers concrets existent : jours additionnels pour les aidants, prolongation du congé parental, don de jours, service dédié d'accompagnement des salariés aidants en entreprise. Intégrés dans les accords d'entreprise avec les partenaires sociaux, ces dispositifs offrent une réponse tangible à des situations complexes. Le sujet est d'autant plus stratégique qu'il croise celui de la génération sandwich au travail, ces salariés pris entre parents vieillissants et enfants à charge.

Tendance 3 : flexibilité et travail hybride, un standard non négociable

Autrefois considérée comme un avantage octroyé, la flexibilité dans l'organisation du travail fait désormais partie des attentes standards des candidats et collaborateurs. Le travail hybride, combinant jours de présence et jours de télétravail, et le flex-office se sont durablement installés.

Certaines entreprises tentent un retour au 100 % présentiel, mais les salariés qui ont goûté à cette flexibilité durant la crise Covid y renoncent difficilement. La semaine de 4 jours continue par ailleurs de séduire de nombreuses organisations. Le travail hybride est aussi de plus en plus mobilisé pour absorber les aléas de la vie personnelle : garder un enfant malade, éviter un arrêt maladie, accompagner un proche à un rendez-vous médical.

De nouvelles compétences managériales à développer

Gérer une équipe hybride ne s'improvise pas. Les managers doivent monter en compétence sur :

  • la maîtrise technique des outils numériques collaboratifs
  • la communication à distance, plus explicite et plus régulière qu'en présentiel
  • la capacité à détecter les signaux faibles de décrochage ou d'épuisement
  • la réorganisation des temps de présence pour préserver la cohésion et la culture d'entreprise

La formation des managers devient un chantier RH à part entière, souvent sous-estimé au démarrage.

Tendance 4 : égalité femme-homme et expérience collaborateur, des leviers de performance

L'expérience collaborateur inclusive ne se réduit pas à une politique de communication. Elle suppose d'intégrer, dans les politiques RH, les vulnérabilités et les contraintes réelles de la vie des salariés : parentalité, aidance, monoparentalité, situations de handicap.

L'égalité femme-homme est directement concernée : la surreprésentation des femmes parmi les aidants et parmi les familles monoparentales pèse mécaniquement sur leurs parcours professionnels si l'entreprise ne prévoit rien. Les politiques d'inclusion crédibles agissent sur trois plans : reconnaissance des situations (identifier les salariés concernés), droits activables (congés, aménagements, don de jours), accompagnement individualisé.

Cette logique rejoint les enjeux plus larges de QVCT, détaillés dans notre analyse salariés aidants et QVCT en entreprise.

IA et transformation digitale RH, le chantier transverse

Dernier signal fort de 2024 : l'intégration progressive de l'IA générative dans les process RH (tri de candidatures, formation, gestion administrative, analyse des données sociales). L'enjeu pour les DRH n'est pas de tout automatiser, mais d'identifier les tâches à faible valeur qui peuvent être déléguées à l'outil pour libérer du temps sur l'accompagnement humain, la prévention et le pilotage stratégique. La question éthique (biais, transparence, protection des données) reste ouverte et doit être traitée en amont.

Ce que ces tendances impliquent concrètement pour les DRH

Pour synthétiser, les tendances RH 2024 convergent vers un même impératif : passer d'une logique d'avantages à une logique d'accompagnement structuré. Concrètement, cela se traduit par :

  1. Faire du bien-être et de la santé mentale un objet de pilotage, avec des indicateurs suivis (absentéisme, turnover, présentéisme).
  2. Identifier et accompagner les populations vulnérables, en particulier les salariés aidants, dont l'impact sur l'absentéisme et la performance est massif.
  3. Consolider le travail hybride comme standard, en formant les managers plutôt qu'en revenant en arrière.
  4. Ancrer l'inclusion dans les politiques RH, pas seulement dans la communication employeur.
  5. Aborder l'IA comme un levier d'efficacité au service de l'humain, pas comme une fin en soi.

Prendre au sérieux ces tendances, c'est réduire l'absentéisme, le turnover et les accidents du travail, tout en renforçant l'engagement. Les entreprises qui n'opèrent pas ce changement culturel prennent un risque d'attractivité et de performance ; celles qui l'engagent en font un atout compétitif durable.

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